L’onco-fertilité est un domaine de la médecine qui s’intéresse à la fertilité des patients touchés par le cancer. Certains cancers ou leurs traitements peuvent altérer la production de gamètes (ovules et spermatozoïdes).Ces dernières années, de nombreux  progrès ont été réalisés permettant de proposer plusieurs options aux patients atteints d’un cancer et désirant préserver leur fertilité.Quelques critères doivent cependant être requis pour avoir accès à ce type de procédure. Votre médecin vous orientera vers un spécialiste de ce domaine qui évaluera les possibilités de préserver votre fertilité.

Chez l'homme

Certains traitements peuvent altérer les cellules permettant la fabrication de spermatozoïdes. Afin de préserver la fertilité, le sperme peut être congelé. D’un point de vu pratiques : votre médecin vous orientera vers un CECOS (Centre d’Etude et de Conservation des Œufs et du Sperme). Le prélèvement de sperme sera réalisé dans ce centre et vos spermatozoïdes seront congelés sous forme de paillettes.

Modalités pratiques

  • Le prélèvement se fera par masturbation.
  • Il est recommandé de réaliser ces prélèvements avant le début de votre traitement. Si cela n’a pas été fait vous pouvez également le faire en début de traitement (durant les 3 premiers mois). Dans ce dernier cas le risque mutagène dû à la chimiothérapie ou la radiothérapie ne pourra cependant pas être mesuré.
  • Il est conseillé de réaliser plusieurs prélèvements.
  • Il est conseillé de faire les prélèvements après 3 jours d’abstinence.

Lorsque vous serez prêt à avoir un enfant, vous pourrez décongeler ce sperme et l’utiliser pour réaliser une procréation médicale assistée :

  • L’insémination intra-utérine : Elle pourra être proposée aux patients qui auront congelé plusieurs échantillons de sperme de bonne qualité.
  • La fécondation in vitro (FIV) : Après stimulation de l’ovulation chez votre partenaire des dizaines d’ovocytes seront obtenus. La fécondation se fera en laboratoire et quelques embryons seront transférés dans l’utérus. Les embryons surnuméraires pourront être congelés en vue d’un transfert ultérieur.

Lorsque la fertilité n’a pas pu être préservée

Vous pouvez avoir recours à l’adoption ou au don de spermatozoïdes.

Chez la femme

Une évaluation sera tout d’abord réalisée par un médecin spécialisé dans ce domaine.

Plusieurs critères seront pris en compte : votre âge, le type de traitements, le mode d’administration, votre situation familiale…Une fois ces éléments connus votre fertilité sera étudiée lors d’un bilan hormonal et de votre réserve ovarienne. Cette dernière est évaluée par un test appelé AMH (environ 40 à 50euros non remboursés par la caisse d’assurance maladie).

Si toutes les conditions sont réunies plusieurs possibilités vous seront offertes pour préserver votre fertilité.

Techniques les plus utilisées

Congélation embryonnaire

Cette technique s’adresse aux patientes en couple, envisageant un projet parental. Après stimulation de l’ovulation, des ovocytes matures seront récupérés par ponction et fécondés in vitro. Les embryons seront ensuite congelés et transférés après la rémission, quand le couple souhaitera s’engager dans un projet parental. L’accord des deux partenaires devra être obtenu lors de la décongélation de cet embryon.

Congélation lente ou vitrification d’ovocytes matures

Elle est généralement utilisée pour les patientes sans partenaire ou pour celles dont le projet parental n’a pas encore été abordé dans le couple. La technique de vitrification est apparue récemment et donne d’excellents résultats, comparables à la congélation embryonnaire.

Ces deux premières techniques sont les plus efficaces (environ 30% de chances d’une grossesse) mais elles nécessitent l’induction d’une ovulation. Par conséquent le début du traitement devra être retardé de 2-3semaines.

Transposition ovarienne

Cette technique peut être réalisée pour les patientes nécessitant des séances de radiothérapie ciblant un organe proche des ovaires. Elle consiste à déplacer chirurgicalement les ovaires de façon à les préserver de l’irradiation.

Techniques en cours de validation  ou utilisées pour des traitements stérilisants

Conservation d’ovocyte immature

Afin de ne pas perdre de temps pour débuter le traitement il serait idéal de congeler des ovocytes immatures, dont le recueil ne nécessite pas l’induction d’une ovulation. Cependant cette technique reste encore délicate car une maturation in vitro doit être réalisée avant la vitrification des ovocytes. À l’heure actuelle nous n’avons pas suffisamment de recul pour connaître les chances d’une grossesse après utilisation de cette technique.

Conservation du tissu ovarien

Cette technique s’adresse majoritairement aux jeunes femmes, qui ont suffisamment de réserve ovarienne et dont le traitement est hautement gonadotoxique.

En pratique : Du tissu ovarien sera prélevé dans la région du cortex contenant une grande quantité de follicules de réserve. Avant la congélation, une biopsie sera réalisée sur ce tissu afin de s’assurer qu’il ne comporte pas de cellules cancéreuses.

Au moment voulu, le tissu sera réimplanté et une stimulation hormonale permettra d’induire la production d’ovocytes matures. La greffe de ce tissu est pour le moment en cours de validation, elle est pratiquée lors de certains essais thérapeutiques

Agoniste LH-RH

Celui-ci permet de stopper la production d’œstrogène en induisant ainsi une ménopause artificielle, le temps du traitement anti-cancéreux. Des essais cliniques sont en cours, ils permettront de valider l’utilisation de cet agoniste.

 

Particularité du cancer du sein

La chimiothérapie administrée n’est pas fortement infertilisante. Cependant, plusieurs problématiques se posent :

  • Le cancer du sein étant hormono-dépendant, la stimulation des ovaires par traitement hormonal (permettant la récupération des ovocytes matures) ne peut être réalisée.
  • Le tamoxifène utilisée lors de l’hormonothérapie peut engendrer des perturbations au niveau du cycle mais il n’empêche pas une grossesse. Cependant cet agent est tératogène, c’est-à-dire qu’il peut avoir des effets toxiques sur l’embryon. En raison de cette toxicité, une grossesse est contre-indiquée lors de la prise de ce traitement.

Lorsque la fertilité n’a pas pu être préservée

Plusieurs possibilités peuvent être envisagées :

  • L’adoption.
  • Le don d'ovocytes permet aux patientes souffrant d'une insuffisance ovarienne prématurée d'obtenir une grossesse grâce à des techniques de fécondation in vitro par les spermatozoïdes de son conjoint.

Art L2141-1 du CSP Loi de bioéthique n°2011-814 du 7 juillet 2011. Cadre défini par la loi : « Toute personne dont la prise en charge médicale est susceptible d’altérer la fertilité, ou dont la fertilité risque d’être prématurément altérée, peut bénéficier du recueil et de la conservation de ses gamètes ou de ses tissus germinaux, en vue de la réalisation ultérieure, à son bénéfice, d’une AMP, ou en vue de la préservation et de la restauration de sa fertilité. »